rapport 2008 sur la traite des personnes
DJIBOUTI
Djibouti : Niveau 2
Djibouti est un pays source, de transit et de destination de femmes et d’enfants victimes de la traite des personnes à des fins d’exploitations sexuelle commerciales forcées et de travaux domestiques dégradants. Un grand nombre de migrants économiques volontaires venant d'Éthiopie et la Somalie transitent illégalement par Djibouti pour se rendre au Moyen-Orient. Au sein de ce groupe, un nombre restreint de femmes et de jeunes filles deviennent victimes du travail domestique dégradant ou de l'exploitation sexuelle à des fins commerciales après avoir atteint la ville de Djibouti ou le corridor de transport routier Djibouti-Éthiopie. Dans certains cas, les auspices des trafiquants, un nombre infime de filles djiboutiennes, issues de familles démunies, se livrent également à la prostitution pour se procurer des revenus. A Djibouti la prostitution a lieu dans des appartements, des maisons closes et sur les rues. Les agents des forces armées étrangères stationnées à Djibouti nourrissent le marché de la prostitution des femmes et des filles.
Le gouvernement de Djibouti ne s’est pas encore entièrement conformé aux normes minimales pour l'élimination de la traite, même s’il déploie d’importants efforts dans ce sens. En 2007, Djibouti a fait preuve de sa volonté à faire face à la traite des êtres humains en élaborant et en adoptant un statut global de lutte contre la traite.
Les recommandations pour Djibouti sont les suivantes :
• Faire appliquer la nouvelle loi adoptée de lutte contre la traite par une poursuite en justice réussie des trafiquants,
• Poursuivre l’éducation des responsables du gouvernement et le grand public sur la question de la traite des êtres humains
• Mettre en place des mécanismes pour renforcer les services de protection des victimes de la traite, éventuellement en initiant une collaboration avec les ONG ou les organisations de la société civile.
Des poursuites judiciaires
Au moment des faits, le Gouvernement de Djibouti avait amorcé pour le futur la poursuite des trafiquants à travers l'adoption statut de lutte contre la traite. Cependant, au cours de l’année dernière, aucune poursuite ou répression de trafiquants n’a eu lieu. En Octobre 2007, le Président de Djibouti et le Conseil des ministres ont approuvé une loi globale sur lutte contre le trafic rédigé par le Ministère de la Justice et l'a présenté à l'Assemblée nationale pour débat et adoption. La loi a été adoptée par l'Assemblée nationale au début du mois de décembre et le Président a signé sa mise en vigueur plus tard ce mois même. La Loi 210 "qui concerne la lutte contre la traite des êtres humains" couvre à la fois le trafic interne et transnational et interdit toutes les formes de trafic des êtres humains. Elle protège les victimes indépendamment de leur origine ethnique, genre ou nationalité, et proscrit, pour les trafiquants, des sanctions pouvant aller jusqu'à 30 ans d'emprisonnement. À la fin de la période où ce rapport a été rédigé, les dispositions de la loi 210 étaient déjà en vigueur pendant trois mois, mais elles n’avaient pas encore été utilisées. Toutefois, tout au long de la période considérée, le gouvernement a continué à réprimer l'exploitation sexuelle des enfants en inculpant les accusés de délinquants sexuels. Un ressortissant français, qui a fui Djibouti après avoir été reconnu coupable d'abus sexuels sur deux garçons, a été arrêté et incarcéré par la police lors de son retour à Djibouti. En outre, le bureau du Procureur Général a annoncé l'ouverture d'une enquête sur un réseau d'abus sexuelle sur mineurs, réseau qui date des années 1990.
Tout au long de l'année, à la tombée de nuit, la Brigade des Moeurs de Djibouti a effectué des descentes régulières dans la capitale et a mis en détention préventive 178 mineurs éthiopiens et somaliens soupçonnés de prostitution. La police djiboutienne a surveillé les bars et les quartiers de la capitale, et a arrêté des individus soupçonnés de proxénétisme et des enfants impliqués dans la prostitution. Des informations spécifiques concernant la répression des proxénètes n'ont pas été fournies, même si la police a indiqué que la prostitution se faisait, la plupart du temps, sans l’intermédiaire d'un proxénète. Le gouvernement n'a organisé aucune formation spécialisée à l’intention des responsables gouvernementaux dans la reconnaissance du trafic des êtres humains ou dans l’assistance aux victimes de la traite.
Protection
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Avec peu de ressources et un nombre réduit d'ONG locales, le gouvernement dispose de peu d'options pour répondre aux besoins des enfants exploités dans la prostitution. Les prétendus incidents du passé concernant la participation des membres du personnel des ONG internationales dans l'exploitation sexuelle des enfants ont entravé la coopération du gouvernement avec les ONG internationales. Les mineurs arrêtés par la police, sur présomption d'implication dans la prostitution ont généralement été mis en garde à vue, pendant plusieurs jours, dans les quartiers de l'Académie de police réservés à cette fin. Les médecins de la police ont fourni des soins médicaux ces filles, et le Directeur général de la police a personnellement discuté avec chaque détenu mineur afin de déterminer ses origines. Ce faisant, la police a tenté de localiser les parents ou les autres membres de la famille à Djibouti ou dans le pays d'origine. En général, les mineurs ont été remis à des membres de leur famille ou expulsés sans inculpation. Aucune donnée spécifique concernant les mineurs djiboutiens détenus n’a été fournie, mais la police a indiqué que ces enfants ont été remis à des membres de leurs familles. Le gouvernement n'offre pas aucune solution légale face au renvoi des étrangers victimes de la traite vers des pays où ils sont confrontés à des ennuis ou des représailles. Les autorités n’encouragent pas les victimes à participer dans les enquêtes ni dans les poursuites des trafiquants.
Prévention
Au sein de la hiérarchie politique djiboutienne, il existe un sentiment de compréhension émergeant et grandissant sur la traite des êtres humains. L'approbation du Conseil des ministres du projet de loi relatif à la lutte contre la traite a été fortement médiatisé, et a dominé la une du seul quotidien du pays, géré par le gouvernement. C’était dans le but d’envoyer un message clair aux forces de sécurité et aux citoyens sur l’intention du gouvernement de lutter contre la traite des êtres humains. Les ONG et l’orphelinat des filles, géré par le gouvernement, ont signalé une plus grande implication du gouvernement dans l’assistance apportée aux femmes et enfants de la rue, dont la plupart sont des ressortissants étrangers exposés à la traite. La police a verbalement averti les propriétaires des bars et boîtes de nuit que quiconque qui autoriserait la prostitution des enfants dans ses locaux serait puni. Dans le souci de réduire les actes sexuels à caractère commercial, le gouvernement a émis, en avril 2008, des mandats d'arrêt internationaux contre cinq ressortissants français soupçonnés d’abus sexuels sur les enfants.